Publié le 15 Avril 2014

crescendo, ma non trop eau...

Pour cette septième ronde,

autour du mot "frémissement(s)",

j'ai le grand plaisir

d'accueillir Guy Deflaux

du blog wanagramme

et moi, je suis

chez Dominique B

Ainsi doucement

roule la ronde,

le premier écrit

chez le deuxième

qui écrit chez le suivant :

quotiriens -- http://quotiriens.blog.lemonde.fr/2014/04/15/fremissements-la-ronde/

même si -- http://mmesi.blogspot.fr/2014/04/la-ronde-fremissement-s.html

Dom A. -- http://dom-a.blogspot.fr/

wanagramme -- http://wanagramme.blog.lemonde.fr/2014/04/15/ronde-avril-2014-fremissements/

Gilbert Pinna -- http://gilbertpinnalebloggraphique.over-blog.com/2014/04/crescendo-ma-non-trop-eau.html

Dominique B. -- http://dominique-boudou.blogspot.fr/2014/04/la-ronde-des-fremissements.html

loin de la route sûre -- http://louisevs.blog.lemonde.fr/2014/04/15/rien-nest-encore-la-fremissements/

mesesquisses -- http://mesesquisses.over-blog.com/article-la-ronde-7eme-edition-fremissement-123334261.html

un promeneur -- http://2yeux.blog.lemonde.fr/2014/04/15/femissements-de-vie-la-ronde-davril-2014/

cecile - r -- http://cecile-r.over-blog.com/2014/04/la-ronde-d-avril-2014-fremissement-s.html

- Avez-vous remarqué le grand… Arnold ? Arnold ?... Arnold !

Arnold n’écoute pas. Arnold ne répond pas. Il est tout près d’Eglantine, qui fait quelques pas appuyés pour imprimer la marque de ses sandales sur la grève, quand se retire la vaguelette. Arnold est assis sur un petit rocher au bord de l eau Il fixe au-dessus de l’horizon le halo diffus du soleil derrière l’épais banc de nuages. Arnold entend le discret frémissement de l’eau qui s’écoule sous le gravier de la plage, puis de l’écume légère qui revient s’étaler en milliers de petites bulles.

- Arnold ? Avez-vous vu ce grand bateau avec son panache de fumée ? Vers où va-t-il ? … Arnold ?

Il y a déjà un long moment qu’Arnold a remarqué le bateau qui croise au loin et qui s’éloigne vers l’ouest. Le bateau avance lentement, à ce qu’il semble. Mais son sillage est suffisamment puissant pour envoyer jusqu’à la plage, de fines ondulations qui battent et battent à un rythme régulier les petits grains du gravier. Ce n’est pas le vent qui forme les vagues, c’est le bateau. Il n’y a pas de vent. Le ciel est couvert. Arnold vient de sentir des gouttes sur son crâne chauve… Il va pleuvoir.

- Arnold, mon chéri… Je voudrais rentrer, maintenant. Il pleut.

Arnold déplie sa carcasse, se redresse et sans se retourner, fait signe à Eglantine de le suivre sur le sentier qui traverse le petit bois. Le sol est encore sec mais ça ne dure pas. La pluie devient plus intense et en quelques minutes, on peut entendre le bruissement des gouttes qui frappent les feuilles des chênes verts et froisse les arbousiers. Arnold presse le pas : le cabanon n’est pas loin, mais… quand même… Ça monte un peu et il ne veut pas perdre de temps : encore cinq minutes et ils seront trempés !

- Arnold ! Vous marchez trop vite… ! Je ne peux pas vous suivre… !

Arnold n’en a cure ! Qui plus est, il est bientôt midi et il a faim ! Arrivé devant le cabanon (une petite maison de parpaings, en réalité), sous l’auvent, il retire ses chaussures, imité par Eglantine qui l’a rejoint et il entre se dévêtir. Dehors, la pluie redouble et c’est une averse qui inonde le petit bois, maintenant. Eglantine s’est mise "au sec" dans un survêtement orange et s’est approchée de la cuisinière : elle a allumé le gaz sous une casserole d’eau qu’elle laissera venir à ébullition, pour y jeter une poignée de pâtes, des spaghettis, qu’elle vient de prélever dans le placard. Un peu de beurre et de fromage râpé… Ça fera l’affaire ! Un quart d’heure plus tard, l’assiette de spaghettis absorbée, Arnold s’affale dans le fauteuil d’osier, une tasse de café à la main.

- Je vais prendre un bain, Arnold. Un bain chaud ! Pouvez-vous mettre en marche les jets de la baignoire, mon chéri ?

Arnold ne comprend pas le plaisir qu’elle trouve à se prélasser, parfois jusqu’à trente minutes et plus, dans les remous de cette baignoire, qui lui a coûté tellement cher. Il a essayé, une fois, et il est ressorti de là dedans tout ramolli, presque incapable de tenir sur ses pieds. Il avait dû aller s’allonger et dormir un moment. Même après ça, il s’était senti vaseux : impossible d’entreprendre quoi que ce soit : ni écrire, ni lire… "Une loque humaine", disait l’humoriste : voilà ce qu’il était !… Les pompes de la baignoire avaient démarré, mais, depuis la salle à manger, elles ne parvenaient pas à couvrir le bruit de la pluie.

- Arnold ! Que faites-vous ? Pourquoi avez-vous ouvert la porte ? Je sens de l’air froid jusqu’ici !

Dehors, depuis l’auvent, Arnold voyait que ce qui se préparait n’était pas ordinaire… Le petit ruisseau qui se formait d’habitude, sur le côté gauche de la maison, prenait les allures d’un petit torrent et ce n’était pas en vidangeant la baignoire qu’on arrangerait les choses, tout à l’heure.

Arnold voyait clairement que le bouillonnement de l’eau dans la rigole n’annonçait rien de bon : beaucoup trop de boue débordait maintenant sur les côtés et le sentier, au pied des quatre marches, devant lui, était envahi.

- Arnold ? ! ?

Quand, une heure plus tard, il vit rouler un premier bloc de roche depuis la mi-pente du talus, Arnold sut que la soirée serait agitée et même mouvementée et … Non ! Désastreuse !

Ce soir-là, vers 7 heures, la margelle du bassin, situé au dessus du cabanon, fort heureusement légèrement à l’écart sur le talus, avait cédé. Dans un tremblement assourdissant, six mètres-cube d’eau et de boue s’étaient déversés brutalement, recouvrant le minuscule jardin d’agrément où Eglantine avait l’habitude de passer ses après-midi.

Mais, à cause de la pluie, elle n’y était pas descendue ce jour-là.

- Arnold… ? Qu’est-ce que c’est que ce bruit ?

Wana – 15/04/2014

Prochaine ronde : 15 juin 2014

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Rédigé par Gilbert Pinna, le blog graphique