saisons

Publié le 15 Décembre 2015

Pour cette quinzième ronde, autour du mot " couleur(s)", j'ai le grand plaisir d'accueillir le promeneur (Jacques d'Anglejan) et moi, je mesure la distance au personnage chez Dom A

saisons



On met la vie entière pour atteindre cette sagesse, un combat de beaucoup de saisons en fait, de printemps opaques dans le gris bleu de l’herbe, d’étés ravagés de rouge, d’automnes estompés de fusain sombre et d’hivers enfin ces Annonciations du bleu total.

On vise le ciel, on essaie de dépasser l’entendement, on se trompe, on trompe, on secoue la chair tiède.

Il faut pour le bonheur moins de talent que beaucoup de persévérance, pourtant chacun y est prédisposé par nature, par quelque gène diablotin qu'on tire du chapeau assez tôt dans l'enfance. Pendant des années on rédige des appels au calme trompeurs pour faire semblant d'être sages, l’éducation nous accable, mais bientôt le sommeil nous gâte, nous pourrit la cervelle, infuse dans les rêves l'envie de les continuer en grand, en vrai - puis la fréquentation inévitable de la foule sème la méchanceté nécessaire - et voici le fond de nous, le marécage où rôdent les crocodiles mangeurs de vie. On devient alors lâche et conservateur; bientôt on respecte les puissants dont les images nous salissent les doigt. Voici l'extrême en nous, le double visage du soleil froid sous l’arc en ciel des humeurs.

Celui qui se tient est celui qui sera, marcheur solitaire des chemins creux, pantin, dupe des mots et de livres dans un appartement qui sent le savon et le chou, et que les années rapetissent tandis que les générations passent. Je suis celui qui fut.


Mais tu partiras hein ? tu partiras parce que tous les enfants meurent quand l'enfance passe, et qu’on laisse à la vague les châteaux de sable pour le plaisir des trépans, et du linge qui sèche.

On se tient comme l’arbre un matin dans le vent, sur les quais de la Seine, on marque sa trace, puis tout se perd, la sève bouillonne toujours sous l’écorce, le monde continue. On laisse une empreinte de rien croit on. Plus haut il est écrit qu’on se trompe : le rien pèse tout de même un peu.

Tu cherches l’image perdue dans les vitrines.

Plus tard on se souvient des chevaux de manège, des toiles vertes passées ou paradaient les girafes, de la joie si grande quand on tournait seulement sur place.

saisons

Rédigé par Gilbert Pinna, le blog graphique

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voirdit 19/12/2015 12:22

"de la joie si grande quand on tournait seulement sur place" Alors il faut de nouveau tourner, tels des derviches et laisser le monde comme il va, histoire de retrouver la joie de l'enfance.

Quotiriens 17/12/2015 02:27

Quel manège!
Quel homme suis-je?
Quel beau texte...

DAutrou 15/12/2015 17:36

Les cartes à jouer, on les tape sur un banc, le banc s'use et puis les saisons passent.

Gilbert Pinna 15/12/2015 15:54

"... qui sent le savon et le chou", une synthèse d'existence, décapante. C'est très beau.

Dominique Hasselmann 15/12/2015 11:27

Confiture de fleurs, marmelade de jours...