Partager l'article ! Le blog-notes graphique: Le blog graphique déploie les dessins, avec, de temps à autre, un tout petit texte. Certains dessins ont ...
Pif, chaque jour, 4 cases
Il y a ceux qui lisaient Mickey, Spirou, Tintin, mes frères et moi, c'était
Pif le chien. Je ne me souviens que très mal de Vaillant et, évidemment, chaque lundi, je dévorais Pif gadget.
Je pense surtout à Roger Mas, le dessinateur qui a repris Pif, après Cabrero Arnal et qui, chaque jour, dans L'Humanité, a proposé un gag en 4 cases. Un gag par jour, bien
sûr, pendant près de 40 ans, quelle galère et quelle abnégation !... Hercule versus Pif, ou l'inverse, les bâtons de dynamite qui explosent, la maison qui s'effondre...
Ce qui me touche le plus, dans le dessin de Roger Mas, et pour toujours, je le sais, c'est le rebondi de ses talus, l'échancrure régulière des branches de ses arbres, son ciel laiteux de gros
nuages et le v de ses oiseaux éternels.
Dessin de Roger Mas
Un bel hommage à Roger Mas et à Cabrero Arnal est rendu sur le blog de Pat Rik,
en cliquant à droite sur "Pif gadget":
http://dessine.blogspot.com/
Dessiner les dents
Dessiner les dents, la grande affaire.
Ou bien l'on choisit de fermer les lèvres et on ne montre pas les dents ou bien, on les ouvre, et les dents apparaissent, on les voit.
Elles contaminent le mouvement labial, crispent le sourire, enlaidissent le visage. Alors, on peut aussi décider de montrer les dents en se disant que ces petits blocs livrent assurément une
intimité souterraine et qu'ils ne sont pas laids.
Le blog comme un climat
Ce blog existe depuis un an... et je comprends qu'un blog est comme un climat.
Publier et accueillir, parce que les deux sont absolument liés.
Que dès l'ouverture de la page d'accueil -la bien nommée- vibrent l'air, les frimas, la température graphique.
Le blog comme un climat, contre vents et marées, pour continuer.
(Cliquer sur le dessin pour l'agrandir)
" Afin que rien ne gênât..."
Ce souvenir d'avoir vu,
enfant, dans un manuel d'histoire, un dessin montrant Marie-Antoinette conduite à l'échafaud. Le croquis pris sur le vif, par David, est sobre, terriblement saisissant.
Mais ce qui me frappe le plus est le texte qui explique que l'on a dû couper les cheveux de la reine et déchirer le haut de sa chemise, "afin que - je cite précisément- rien ne gênât le couperet
de faire son office".
" afin que rien ne gênât..." L'imparfait du subjonctif pour dire la chose, tout est là...
Du coup, j'ai refait le croquis.
La tête rouge
(cliquer sur l'image pour l'agrandir)
Je publie ce portrait réalisé au crayon rouge en 1980 sur un papier glacé, un peu froissé.
Ce qui me frappe aujourd'hui, c'est le cheminement du crayon, sa cadence, sa douceur, son intensité. On sent que la mine a glissé, qu'elle a dû aussi s'enfoncer, creuser le papier, le percer
presque.
Et se rejouent l'intégralité du geste, l'impact de la main qui rampe sur le papier.
Tous les Zembla du monde
La ligne claire contre les hachures, les hachures contre la ligne claire.
L'affrontement est ancien, porteur de toute l'histoire de la bande dessinée du
20ème siècle et, au-delà, de toute l'histoire de l'expression graphique elle-même. La ligne claire, épurée, sait
où elle va, où elle conduit, du moins le prétend-elle.
L'extravagance des hachures dit le souffle, le halètement intempestif de la main au travail et libère les biffures fébriles d'un doute, d'une hésitation, d'un égarement.
Elles fouillent le visage, sculptent les têtes, et retrouvent là, enchevêtrées, en une seule case et d'un seul geste, le lent travail des dessinateurs de bande
dessinée.
On sait qu'il existe en matière graphique, comme dans bien d'autres
choses,
des modes, des tendances, qui autorisent les redécouvertes. La BD est de retour, dans les musées d'art contemporain, dans les salons, un peu partout, et on comprend que les plus grands dessinateurs du siècle achevé et de celui qui commence, sont là et viennent d'elle.
Depuis toujours, je les aime ces dessinateurs « à la hachure » comme
on dit
« à la tâche », ces très grands, ces immenses, Fred le père trop oublié de Philémon et du Petit cirque, Moebius, Roland Topor, Crumb et plus récemment Joann Sfar et son Chat du Rabbin. Et je pense aussi aux dessinateurs ténébreux des séries italiennes - Pedrazza, Oneta, Cedroni… - ces soutiers de la BD qui doivent honorer d’invraisemblables commandes et livrer leurs planches dans des délais intenables. Je pense à Blek le Roc, Cap'tain Swing, Akim et autres Zembla, aux hachures impossibles mais à l'impact visuel fracassant.
Et ce geste fulgurant qui, sur le papier, se joue des contrastes entre le lisse
et le rugueux, bouscule la page, fait surgir des ombres, évapore les lumières, densifie les visages, et fait vibrer leur éclat par des colliers de poils. Ce que je découvre alors, c’est que paradoxalement, ce travail aveugle des griffures graphiques apaise les volumes et entrouvre des espaces pour la ligne claire. Elles inscrivent la chair des corps et des visages et la restituent dans son frémissement explosif (je pense alors à Crumb et à ses têtes radieuses des fiancées de Kafka). Elles investissent les dents, ces petits blocs littéralement indessinables, en délivrant leur intimité souterraine. Et tout autour des personnages, dans le cadre qui a glissé, cette constellation de traits, comme une pluie d’été, qui capte l’air et ses météores, dans toute son intensité. Des aventures palpitantes de Zembla, perdu au beau milieu de sa jungle jusqu’à l’incandescence des rayons du soleil, elles disent tout simplement la frénésie d’être là.
Se rappelle-t-on que c’est le jeune Belmondo qui a inspiré à Jean Giraud les traits émaciés du visage du lieutenant Blueberry, que le visage de Giuseppe Bergman de Manara a puisé sa lumière dans celui d’Alain Delon ?... Et passe, royal, Albert Camus, l'homme au col , Humphrey Bogart au pardessus de légende, et l’on se dit alors qu’à l’évidence, il fait partie de la bande.
Gilbert Pinna Ceux de la bande Exposition de 45 dessins
Café-brasserie Le Majestic 8, bd Maréchal Fayolle
Le Puy-en-Velay, du 4 au 27 juin 2010.
Ceux de la bande (cliquer)
Ce souvenir prégnant, il y a quelques années, lors de l’exceptionnelle exposition présentée au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, à Paris, des dessins et gravures de Bruno Schulz, écrivain et dessinateur polonais, assassiné par les nazis en 1942.
Il y a parmi les œuvres nombreuses, des encres miniatures, qui reposent sous des vitres équipées de loupes. Et chacun, dans le public, qui attend son tour dans la file. Puis, juste au-dessus des vitres, la tête qui s’incline, et tout le corps qui l’accompagne, et qui, en manière de révérence, s’engouffre littéralement dans le dessin. Il faut nous voir en plongée, recueillis et sidérés. Presque happés par l’encre concentrée, striée, éclatée en noyaux. Et l’œil qui explose : voir tout le dessin, tous les détails, les points, l’impact des traits, les taches, le grain du papier, l’écume de l’eau, les larmes de l’encre. Voir au-delà, saisir les lignes de fuite qui tendent et fluidifient l’espace graphique. Chacune de ces miniatures est une galaxie. On relève la tête, à peine remis, encore pris du vertige, effarés, sans doute, simplement d’avoir vu.
Puis, cet été, à Lannion, dans des salles blanches, immenses, qui accueillent des expositions de photographies. Il y a ce beau travail d’Eric Dessert qui aligne des clichés miniatures, en noir et blanc, de petites scènes champêtres d’aujourd’hui, dans des campagnes de Roumanie. On y voit des personnages, des chevaux, des bœufs, des moutons, des tracteurs. Et puis, dans les petites fenêtres, comme des hublots ou des vasistas, ils sont là qui vibrent au pied des arbres noirs squelettiques, emportés dans des ciels de cendre qui s’enroulent à perte de vue, les traces de neige qui les bordent et les expulsent hors du cadre, hors du temps. C’est la condensation de la photographie qui, tout entiers, les retient et qui, vers nous, les propulse. A ce moment, les miniatures sont des tableaux de Bruegel.
Alors, voici les petits formats. Eux aussi, bien au chaud, derrière leurs fenêtres, enchâssés dans des cadres, sous des vitres, des maries-louises. Ils glissent, je le crois, fulgurants et durables. Arrimés, dispersés, essoufflés, en surface, si vigilants, déjà évaporés.
En un mot, imparfaits.
Gilbert Pinna
(cliquer sur le dessin pour l'agrandir)
Café-brasserie Le Majestic
8, bd Mal Fayolle Le Puy-en-Velay
du 4 au 28 novembre 2011
Vernissage : vendredi 4 novembre
à partir de 18H30
Dans les pages des livres,
des albums,
ils sont là,
exaltés, flagorneurs, impériaux, conquérants,
sans appel et sans pause,
les tigres de papier.
Loin des discours édifiants,
assommants et soporifiques,
ils nous transportent
et nous laissent en suspens
comme à l’abri du monde.