L'Hôtel de l'air (la volute finale)

Publié le 15 Juin 2013

Pour cette ronde de juin, autour du mot Hôtel(s), j'ai le très grand plaisir d'accueillir les textes et les photographies de Dominique Autrou et moi, je tourne sur le blog de Jacques d'Anglejan... et qu'ainsi, de blog à blog, roule la ronde : Mine de rien - la distance au personnage - le blog graphique - un promeneur - quotiriens - loin de la route sûre - Mine de rien

Prochain rendez-vous le 15 septembre

L'Hôtel de l'air (la volute finale)

petit dialogue illustré relatant une mésaventure peu commune, sous le ciel meldois

« une agapanthe bleue nacrée, montée aux rideaux des thuyas

de l’églantine et des pêchers, des capucines et du jasmin

des feuilles de thym

des renoncules (pas en avance, cette année) ; et puis plus loin

de la sarriette et des pivoines, une agapanthe tubéreuse

des ipomées, du romarin, des narcisses et puis des hostas

une Suzanne sous la cobée, volubilis en hypogée incroyablement

vrillés, l’air de rien. des iris déjà fanés

un monte-en-l’air tout dépité, en sortie-de-bain

une pivoine officinale pleurant son muguet, le matin »

— J'essayais de feuilleter une revue, les pages claquaient fort à cause du vent, il fallait que je les tienne collées à mes cuisses tout en retenant ma jupe, ce n'était pas très commode. Son GPS a eu des ratés, alors il m’a demandé de regarder la carte. Il m’a dit que l’hôtel était dans le pli (à l'aveugle avec son doigt : « Là ! Dans le pli ! Là ! ») Tu parles... j’ai cherché le long du pli, mais ça secouait beaucoup. Il m’a dit que je ne savais pas lire une carte, que j'avais de jolies cuisses. Je lui ai répondu d’aller se faire voir, qu’il aurait pu y penser avant (à la carte, pas aux cuisses), de regarder la route, que de toute façon dans ce trou perdu on allait bien finir par trouver des pancartes, des panneaux indicateurs. —	...
— J'essayais de feuilleter une revue, les pages claquaient fort à cause du vent, il fallait que je les tienne collées à mes cuisses tout en retenant ma jupe, ce n'était pas très commode. Son GPS a eu des ratés, alors il m’a demandé de regarder la carte. Il m’a dit que l’hôtel était dans le pli (à l'aveugle avec son doigt : « Là ! Dans le pli ! Là ! ») Tu parles... j’ai cherché le long du pli, mais ça secouait beaucoup. Il m’a dit que je ne savais pas lire une carte, que j'avais de jolies cuisses. Je lui ai répondu d’aller se faire voir, qu’il aurait pu y penser avant (à la carte, pas aux cuisses), de regarder la route, que de toute façon dans ce trou perdu on allait bien finir par trouver des pancartes, des panneaux indicateurs. —	...

— J'essayais de feuilleter une revue, les pages claquaient fort à cause du vent, il fallait que je les tienne collées à mes cuisses tout en retenant ma jupe, ce n'était pas très commode. Son GPS a eu des ratés, alors il m’a demandé de regarder la carte. Il m’a dit que l’hôtel était dans le pli (à l'aveugle avec son doigt : « Là ! Dans le pli ! Là ! ») Tu parles... j’ai cherché le long du pli, mais ça secouait beaucoup. Il m’a dit que je ne savais pas lire une carte, que j'avais de jolies cuisses. Je lui ai répondu d’aller se faire voir, qu’il aurait pu y penser avant (à la carte, pas aux cuisses), de regarder la route, que de toute façon dans ce trou perdu on allait bien finir par trouver des pancartes, des panneaux indicateurs. — ...

— Non, non, tu n’y es pas, on se parlait toujours comme ça. On s'engueulait sans arrêt, enfin façon de dire, toujours en mouvements contradictoires, façon de vivre. Tu dois t'en souvenir, il râlait à propos de tout, sur lui-même au fond. Jamais content, il y avait sans arrêt un truc qui clochait, une situation à reprendre, une manip à refaire. Va comprendre... —…
— Non, non, tu n’y es pas, on se parlait toujours comme ça. On s'engueulait sans arrêt, enfin façon de dire, toujours en mouvements contradictoires, façon de vivre. Tu dois t'en souvenir, il râlait à propos de tout, sur lui-même au fond. Jamais content, il y avait sans arrêt un truc qui clochait, une situation à reprendre, une manip à refaire. Va comprendre... —…

— Non, non, tu n’y es pas, on se parlait toujours comme ça. On s'engueulait sans arrêt, enfin façon de dire, toujours en mouvements contradictoires, façon de vivre. Tu dois t'en souvenir, il râlait à propos de tout, sur lui-même au fond. Jamais content, il y avait sans arrêt un truc qui clochait, une situation à reprendre, une manip à refaire. Va comprendre... —…

— Bon, enfin, on s’était un peu perdus, et on n'était pas trop là pour faire des photos, mais il m’a dit que tant pis, ça tombait bien, qu’on avait bien fait de passer par ici. Il avait des goûts à lui avec ça, un truc de solitaire vraiment, fallait pas trop lui parler dans ces moments-là. Il s'est arrêté plusieurs fois, on n'était pas tellement pressés car la chambre ne se libérait qu'en fin de matinée. —	…
— Bon, enfin, on s’était un peu perdus, et on n'était pas trop là pour faire des photos, mais il m’a dit que tant pis, ça tombait bien, qu’on avait bien fait de passer par ici. Il avait des goûts à lui avec ça, un truc de solitaire vraiment, fallait pas trop lui parler dans ces moments-là. Il s'est arrêté plusieurs fois, on n'était pas tellement pressés car la chambre ne se libérait qu'en fin de matinée. —	…

— Bon, enfin, on s’était un peu perdus, et on n'était pas trop là pour faire des photos, mais il m’a dit que tant pis, ça tombait bien, qu’on avait bien fait de passer par ici. Il avait des goûts à lui avec ça, un truc de solitaire vraiment, fallait pas trop lui parler dans ces moments-là. Il s'est arrêté plusieurs fois, on n'était pas tellement pressés car la chambre ne se libérait qu'en fin de matinée. — …

— On a fini par trouver, au vrai c’était un coin paumé. Quatre-vingt-quatre habitants, il m’a dit en riant, comme si ce nombre, à lui seul, faisait sens. Il avait l’air drôlement joice, heureux, quoi. Je me demandais juste où ils avaient bien pu passer, les gens du coin, parce qu’à part deux ou trois chats, depuis qu'on avait quitté la nationale on n’avait pas vu grand monde. On était quand même samedi. La dame de l'hôtel avait laissé les clés sous un pot de fleurs, on est entrés facilement. —… — Oui, c’est souvent comme ça dans les hôtels de province, enfin je veux dire pas les grands, ceux qui sont dans les petits pays, les gens ne sont pas forcément toujours là, ils travaillent ailleurs en même temps. Tu n'as jamais vu ça ? —	…
— On a fini par trouver, au vrai c’était un coin paumé. Quatre-vingt-quatre habitants, il m’a dit en riant, comme si ce nombre, à lui seul, faisait sens. Il avait l’air drôlement joice, heureux, quoi. Je me demandais juste où ils avaient bien pu passer, les gens du coin, parce qu’à part deux ou trois chats, depuis qu'on avait quitté la nationale on n’avait pas vu grand monde. On était quand même samedi. La dame de l'hôtel avait laissé les clés sous un pot de fleurs, on est entrés facilement. —… — Oui, c’est souvent comme ça dans les hôtels de province, enfin je veux dire pas les grands, ceux qui sont dans les petits pays, les gens ne sont pas forcément toujours là, ils travaillent ailleurs en même temps. Tu n'as jamais vu ça ? —	…

— On a fini par trouver, au vrai c’était un coin paumé. Quatre-vingt-quatre habitants, il m’a dit en riant, comme si ce nombre, à lui seul, faisait sens. Il avait l’air drôlement joice, heureux, quoi. Je me demandais juste où ils avaient bien pu passer, les gens du coin, parce qu’à part deux ou trois chats, depuis qu'on avait quitté la nationale on n’avait pas vu grand monde. On était quand même samedi. La dame de l'hôtel avait laissé les clés sous un pot de fleurs, on est entrés facilement. —… — Oui, c’est souvent comme ça dans les hôtels de province, enfin je veux dire pas les grands, ceux qui sont dans les petits pays, les gens ne sont pas forcément toujours là, ils travaillent ailleurs en même temps. Tu n'as jamais vu ça ? — …

— La chambre donnait en partie sur le jardin en façade, et de l’autre côté sur des communs. On s’est posés, il faisait vraiment très chaud alors on a pris notre temps, on s’est reposés, on a repris notre temps, ensuite une douche, et puis on s’est séchés entre les deux fenêtres. Sur le devant, il y avait une très belle vue sur la Marne, et puis derrière, cette roue que l'on n'avait fait qu'entrapercevoir en arrivant... —…
— La chambre donnait en partie sur le jardin en façade, et de l’autre côté sur des communs. On s’est posés, il faisait vraiment très chaud alors on a pris notre temps, on s’est reposés, on a repris notre temps, ensuite une douche, et puis on s’est séchés entre les deux fenêtres. Sur le devant, il y avait une très belle vue sur la Marne, et puis derrière, cette roue que l'on n'avait fait qu'entrapercevoir en arrivant... —…

— La chambre donnait en partie sur le jardin en façade, et de l’autre côté sur des communs. On s’est posés, il faisait vraiment très chaud alors on a pris notre temps, on s’est reposés, on a repris notre temps, ensuite une douche, et puis on s’est séchés entre les deux fenêtres. Sur le devant, il y avait une très belle vue sur la Marne, et puis derrière, cette roue que l'on n'avait fait qu'entrapercevoir en arrivant... —…

— Oui, c’était vraiment très étonnant de voir ça ici, une vieille éolienne en ferraille, mais alors très haute, on se demandait si elle servait encore, qui l'avait construite, qui pourrait nous renseigner. Évidemment, il a fallu qu’il aille voir ça de plus près. Je l’ai entendu parler à deux types qui ont dû lui indiquer un chemin, et puis il a disparu. —	…

— Oui, c’était vraiment très étonnant de voir ça ici, une vieille éolienne en ferraille, mais alors très haute, on se demandait si elle servait encore, qui l'avait construite, qui pourrait nous renseigner. Évidemment, il a fallu qu’il aille voir ça de plus près. Je l’ai entendu parler à deux types qui ont dû lui indiquer un chemin, et puis il a disparu. — …

— Je l’ai vu monter l’escalier en colimaçon, ça grinçait pas mal. Il est arrivé sur l’espèce de plate-forme, il n'a pas pris de photos, il regardait encore vers le haut. Il a posé le pied sur une pale, puis une autre, c’était dingue, j’étais verte. J’ai crié quelque chose, qu’il arrête, que c’était dangereux, et puis… —… —… et puis il y a eu un grand coup de vent.   Fin

— Je l’ai vu monter l’escalier en colimaçon, ça grinçait pas mal. Il est arrivé sur l’espèce de plate-forme, il n'a pas pris de photos, il regardait encore vers le haut. Il a posé le pied sur une pale, puis une autre, c’était dingue, j’étais verte. J’ai crié quelque chose, qu’il arrête, que c’était dangereux, et puis… —… —… et puis il y a eu un grand coup de vent. Fin

Rédigé par Gilbert Pinna, le blog graphique

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Commenter cet article

versus 17/06/2013 12:10

Un itinéraire qui part en fumée...

Dominique Hasselmann 17/06/2013 07:14

Très charmant (imposé !) et les photos s'accouplent harmonieusement au texte (ombre triangulaire et roue noire : "la géométrie dans les spasmes", aurait dit Belen) comme si l'heure hôtelière avait suspendu son vol d'incertitude.

DAutrou 17/06/2013 07:39

@tous: il faut parfois savoir saisir son exposition

arletteart 16/06/2013 08:52

Et il s'est envolé...si haut

Jacques D 16/06/2013 08:50

bah, une éolienne modèle 1930, entre un ostensoir et un ventilateur Citroën, c'était risqué pour un voyage de noces avec Piaf ;-) Très joli texte en tous cas, plein d'étrangeté que les images soulignent

DAutrou 16/06/2013 07:52

@tous: cette construction étrange a aussi pour mérite - parait-il - de distribuer de longs gémissements par grand vent. Mais ça, on s'en serait douté...

louise blau 16/06/2013 06:25

girations hélicoïdales, horizontales, verticales comme les roues à homme des constructeurs de cathédrales à la poursuite des flèches acérées en projection d'ombres sur les rues désertes et les murs nus, et c'est l'envol : toute ma vie j'ai rêvé d'être à l'hôtel de l'air. Lire des romans-photos en décalés collés....

dangrek 15/06/2013 20:02

une curiosité à l'épreuve du vent, j'aime !

dangrek 15/06/2013 20:01

une curiosité à l'épreuve du vent, j'aime !

patrick verroust 15/06/2013 19:33

J'aime ce texte ,couleur gris béton, distant comme arraché au brouillard de la mémoire, pudique avec un parfum d'existentialisme qui le rend étrange dans sa banalité extraordinaire. Je savoure la répétition de "on a pris notre temps"..et la Fin en coup de vent!

Quotiriens 15/06/2013 13:21

Charmentray d’humour. Vous auriez pu aussi prendre un taxi...
Cette éolienne est un hybride entre une plante carnivore et l’oeil de la NSA.