la frénésie d'être là

Publié le 15 Octobre 2014

Et ce geste fulgurant qui, sur le papier, se joue des contrastes entre le lisse et le rugueux, bouscule la page, fait surgir des ombres, évapore les lumières, densifie les visages, et fait vibrer leur éclat par des colliers de poils. Ce que je découvre alors, c’est que paradoxalement, ce travail aveugle des griffures graphiques apaise les volumes et entrouvre des espaces pour la ligne claire. Elles inscrivent la chair des corps et des visages et la restituent dans son frémissement explosif (je pense alors à Crumb et à ses têtes radieuses des fiancées de Kafka). Elles investissent les dents, ces petits blocs littéralement indessinables, en délivrant leur intimité souterraine. Et tout autour des personnages, dans le cadre qui a glissé, cette constellation de traits, comme une pluie d’été, qui capte l’air et ses météores, dans toute son intensité. Des aventures palpitantes de Zembla, perdu au beau milieu de sa jungle jusqu’à l’incandescence des rayons du soleil, elles disent tout simplement la frénésie d’être là.

la frénésie d'être là

Rédigé par Gilbert Pinna, le blog graphique

Publié dans #Ceux de la bande

Repost 0
Commenter cet article

patrick verroust 16/10/2014 14:48

Pour mon information, il s'agit bien du portrait de Monsieur Krok Lavis?

Gilbert Pinna 16/10/2014 18:10

... lui-même, en personne...

Dominique Hasselmann 16/10/2014 14:19

Le dessin emporte au-delà de ses traits, comme chez Rembrandt ou Daumier : ces simples tracés ont tracté autre chose, devenue portrait ou paysage.

Vous savez en saisir la quintessence.

Gilbert Pinna 16/10/2014 18:35

... dessiner, c'est découvrir et faire vibrer (sur) le papier.

Dominique Hasselmann 16/10/2014 18:17

Un visage est souvent
un paysage

Encore faut-il savoir le découvrir !

Gilbert Pinna 16/10/2014 18:10

... l'idée du portrait et/ou paysage me comble... merci Dominique !

patrick verroust 15/10/2014 19:44

Belle profession de foi !!! Vos griffures saisissent vos personnages dans le dru de leur chair, les habille de leur épaisseur humaine et de leur part de mystère. Ils nous disent quelque chose en creux,esquissent une trace, une piste de réflexion que nous gardons "in petto", impuissants que nous sommes (que je suis) à saisir la globalité du message envoyé,sa qualité scripturale, les subtilités des coups de traits qui font une pensée en mouvement, fluide, non dogmatique, ondoyante, une liberté laissée au lecteur...Merci, Gilbert, pour ce travail persévérant et son suivi assidu!

Gilbert Pinna 15/10/2014 19:56

... et merci, Patrick !