Victoire ! Je retire mon regard...

Publié le 15 Décembre 2013

Pour cette ronde de décembre, autour du mot "Regard(s)", j'accueille quotiriens

et moi, je suis chez la distance au personnage

Ainsi roule la ronde, le premier écrit chez le deuxième qui écrit chez le suivant : un promeneur chez mesesquisses chez Voir et le dire, mais comment? chez loin de la route sûre chez quotiriens chez Gilbert Pinna-le blog graphique chez la distance au personnage chez memesi chez Mine de rien chez un promeneur

Victoire! Je retire mon regard…

...Là vous dis-je! Enfin, regardez donc...regardez... Oh ne vous attendez pas à une ampliation colossale, bien sûr, mais ce frétillement de la crête, ce bombement à peine perceptible, Joachim, cette convexité qui me donne le frisson... La pierre vit, la montagne respire, expire, sa masse roulée est un muscle bandé qui ne demande qu’à se détendre brusquement et alors, gare à ceux qui se trouveraient sur sa trajectoire. Le magma sous-jacent, ne le sentez-vous pas Joachim? A trop la regarder, je vois ses borborygmes, je devine ses digestions triasiques. Des hordes de dinosaures sommeillent en ses flancs. La terre du Cengle est gorgée de leur sang, de leurs os. Elle respire vous dis-je... Il vous faut regarder, inlassablement, aux aguets, avec acuité. Son dos est un miroir où glissent les nuages. La lumière changeante en fait un kaléidoscope gigantesque, mais ne vous laissez pas berner par son mimétisme.

De loin, toujours, la toiser et sentir la force tellurique de la vague figée dans sa poussée. Y ajouter le poids de l'air qui nous sépare d'elle, les embruns de feu, le mouvement des feuilles dans le vent comme les algues sous le flux.

Sans cesse, revenez sur le motif, posez votre regard sur les stigmates de la surrection, les rides intemporelles que détaille Marion dans son jargon scientifique. La poussée millimétrique vers le ciel, la voyez-vous, enfin? Notre regard nous trompe, il croise une ombre, glisse sur la carcasse inerte, le temps d'un coup d’œil distrait.

Sans cesse, revenez sur le motif, posez votre regard sur les stigmates de la surrection, les rides intemporelles que détaille Marion dans son jargon scientifique. La poussée millimétrique vers le ciel, la voyez-vous, enfin? Notre regard nous trompe, il croise une ombre, glisse sur la carcasse inerte, le temps d'un coup d’œil distrait.

Elle semble là, depuis toujours, inchangée, immuable dans son apparente immobilité de vieille montagne placide. Mais si vous la traquez sans cesse, elle se révèlera. Les plis sous tension, la dynamique d’ensevelissement, la menace Joachim. La menace... voilà ce qui fascine, et glace.  Ne vous aventurez pas trop près vous dis-je. Elle vous engloutirait. A marcher sur ses flancs, vous sentiriez la puissance ascendante vous soulever,

Elle semble là, depuis toujours, inchangée, immuable dans son apparente immobilité de vieille montagne placide. Mais si vous la traquez sans cesse, elle se révèlera. Les plis sous tension, la dynamique d’ensevelissement, la menace Joachim. La menace... voilà ce qui fascine, et glace. Ne vous aventurez pas trop près vous dis-je. Elle vous engloutirait. A marcher sur ses flancs, vous sentiriez la puissance ascendante vous soulever,

jusqu’à vous submerger.

jusqu’à vous submerger.

Car elle seule a raison et raison d'être, depuis bien avant et jusqu'à bien après notre éphémère passage. Laissez-moi maintenant, je vous prie. Nous avons, elle et moi, rendez-vous ce matin encore. Le temps fraîchit et j’ai des frissons depuis hier soir. Cette toux qui m’épuise, cette fièvre qui m’éteint. Mais las! elle sera là, triomphante dans sa divine présence à narguer mon regard. Je m’attelle à percer le secret de ses flancs, oublier mon regard et sentir la matière, dussè-je y laisser mon âme et ma vie…

Car elle seule a raison et raison d'être, depuis bien avant et jusqu'à bien après notre éphémère passage. Laissez-moi maintenant, je vous prie. Nous avons, elle et moi, rendez-vous ce matin encore. Le temps fraîchit et j’ai des frissons depuis hier soir. Cette toux qui m’épuise, cette fièvre qui m’éteint. Mais las! elle sera là, triomphante dans sa divine présence à narguer mon regard. Je m’attelle à percer le secret de ses flancs, oublier mon regard et sentir la matière, dussè-je y laisser mon âme et ma vie…

 Merci à Hélène pour le <a href="http://www.jdarriulat.net/Essais/CezanneReal/CezanneRealisme.html">"lien"</a>  révélateur, crédit photographique des planches 3 et 4 à <a href="http://comdesimages.com/portfolio/la-montagne-sainte-victoire/">"Benjamin"</a> .

Merci à Hélène pour le <a href="http://www.jdarriulat.net/Essais/CezanneReal/CezanneRealisme.html">"lien"</a> révélateur, crédit photographique des planches 3 et 4 à <a href="http://comdesimages.com/portfolio/la-montagne-sainte-victoire/">"Benjamin"</a> .

Rédigé par Gilbert Pinna, le blog graphique

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Mesesquisse 18/12/2013 22:57

Une vague figée dans son élan... Les algues sous le flux... Le refuge des aigles.
Une puissance nue qui donne envie de s'y blottir pour écouter l'écho de son silence et de son propre coeur.

Quotiriens 19/12/2013 02:52

résonance tellurique

patrick verroust 17/12/2013 12:08

J'ai découvert cette ronde avec le tableau "la danse" du grand Matisse, la vue de cette image, la remémoration de ce tableau, m'ont donné envie de ne pas aller plus loin, de vaquer avec les impressions qu'il dégage...Cela m'arrive dans mes fréquentations muséales, il y a un certain nombre d’œuvres que je m'approprie, mentalement.
Votre présent travail sur le rapport de Cézanne à la la magnétique Saint Victoire, la chute finale bien accrochée, votre appétence pour les dérapages , c'est plaisant , m'ont fait songer à Sigmar Polke, sa capacité à bousculer les repères, escamoter les frontières . Son travail de plasticien , tous azimuts, son humour lui permettre de rendre le magnétisme abstrait, de montrer l’ambiguïté de l'image, le visible et l'invisible, il va jusqu'à l'ésotérisme et projette ses fantasmes. Ses falaises révèlent des fentes et des grottes explicites et magnifiées. "L’entrelacs des regards" qu'il crée entre son œuvre et le spectateur en fait un hologramme mouvant au gré des déplacements de ce dernier dans un rapport , légèrement, hallucinogène. La causticité, et la crudité de ses voyages dans l'histoire, BD géantes, contribuent à déphaser avec ce qui est appelé , par commodité le réel. Il est de ces artistes qui démontrent que leur palette peut user de tous supports et de tous outils pour libérer leur expression....Je doute que l'histoire soit terminée mais je suis sur que l'art n'a pas fini de nous surprendre...et parfois, même, à nous aider à approcher les abstractions mathématiques et physiques et le formatage de nos consciences et de nos inconscients...mais tout cela, vous le savez, bien mieux que moi!

Quotiriens 18/12/2013 06:00

Le regard de Patrick Verroust, en ricochet.

louise blau 17/12/2013 09:15

"dans la région d'Aix, cette splendide bête couchée est la montagne sacrée. Pour Cézanne, elle deviendra la montagne magique" (Cézanne, par Bernard Fauconnier, folio, 2013).
magiques aussi les superpositions d'images, les fondus enchaînés qui disent tant de la bête, de ses couleurs et ses lumières, de ses volumes et de ses perspectives (les siennes propres, et celle des suites à venir)
Et puis d'autres montagnes magiques, celles de l'enfance, de Grégory sur les flancs de la baleine ou du Kilimandjaro, en libres associations, confrontations, échos, ces montagnes de mots échangés, éternelles conversations avec Emile, Fortuné, Joachim, qui ont survécu aux ombrages , avant et après la montée du soir.

Quotiriens 18/12/2013 05:58

Oui, Peck a dû chasser le dinosaure sur les pentes de la Sainte (la voix de la doublure française... respect)

Dominique Hasselmann 16/12/2013 05:57

La montagne... mais la ville en mer...

Quotiriens 18/12/2013 05:56

submergée, un jour

JW Chan 15/12/2013 22:33

Dites-moi cher Quotiriens : il y a donc du Ned Land chez vous, du Achab ? Moi, la Sainte-Victoire, je la vois comme une molaire ou une dent de sagesse si vous voulez

Quotiriens 18/12/2013 05:55

Là où l'os affleure, une fracture ouverte, palpitante. Elle souffle vous dis-je!...

dangrek 15/12/2013 17:38

Victoire ? l'artiste ne s'en sort pas toujours indemne !

Quotiriens 18/12/2013 05:53

Victoire de la nature pour Cézanne, seul sujet envisageable.

DAutrou 15/12/2013 16:45

Cachez ce synclinal que je ne saurais voir, s'éperonne-t-il à nous dire...

Quotiriens 18/12/2013 05:52

elle souffle!...

voirdit 15/12/2013 11:01

Que Cézanne se retrouve par la surprise de cette ronde chez 'lebloggraphique' voilà qui semblerait raison si le hasard n'en avait décidé ainsi. Pas étonnant que parmi les intervenants dans la danse plusieurs aient fait choix de porter leur regard sur celui des artistes car qui mieux qu'eux pourrait porter sur le monde un regard d'une telle richesse ?

Quotiriens 18/12/2013 05:52

Le regard de l'artiste passe à travers le notre pour, parfois, ouvrir une nouvelle perspective passée inaperçue pour l'auteur lui-même.

Gilbert Pinna 15/12/2013 09:21

(... et ses rochers qui font des flocons)

Quotiriens 18/12/2013 05:48

Merci Gilbert pour votre accueil chaleureux. J'ai un jour gravi la "Sainte" enneigée...